24 juin 2008
Voilà l'été
un an. c'est comme un cap.
la maison a changé, ma vie aussi. mon quotidien est revenu tout seul à bruxelles, d'abord un peu, puis amoureux, posé ma brosse à dents dans une salle de bain citadine. plein centre, c'est dire. et n'en est plus reparti.
Bien sur, les terres brunes, ça reste. y faire un saut. vérifier. nettoyer. un mercredi après-midi, une nuit de passage.
puis, avec ce nouvel été, commencer quelque chose de nouveau. voir les choses autrement. essayer.
24 mars 2008
Partir, enfin partir !
ŒDIPE
Partir, enfin partir ! Oui, je voulais partir ;
mais je t’entends, Antigone.
Oui, j’ai plongé, j’ai plongé dans la mer,
plusieurs fois ; et elle m’a emporté, tourbillonante, noire et
attirante ! Le tumulte des flots qui submergent le corps !
Tu as eu peur, si peur ?
ANTIGONE
Ça durait, ça durait chaque fois plus, avec cet air de
bonheur sur ton visage et l’immobilité de ton corps, plus effrayante que la
marche et le mouvement de tes pensées.
Je ne comprenais plus.
ŒDIPE
Je ne partirai plus ! Plus comme cela.
passer. repasser. dépasser. surpasser. laver. repasser. entasser. revenir. repartir. ranger. oublier.
Jef, Clo, Emmylou, Bab, Gasp et Lid ont peuplé ces mois de relatif silence. des moments avec vous, sans vous.
J'ai appris à conduire pour mieux pouvoir passer.
Et rester ?
Ah.
J'avais plus pensé à ça.
Emmylou m'a laissé son portable. Maintenant j'écris n'importe où.
Ici ?
Ah.
Oui.
Non mais je vais le faire, je vais revenir.
Je vais revenir ?
Et si je restais ailleurs. Et si j'arrêtais de revenir. Toujours revenir.
Laisser mes moutons là où ils sont.
Écris ! Écris !
Je t'entends, Antigone.
Revenir. Écrire. manger. partir. enfin partir.
Écrire encore. Travailler. Une pièce. Une autre. Et lire et voir, écouter. Prendre toutes sortes de choses en pleine face. De bonnes choses. Placer des mots les uns après les autres. Jouir. Jouir encore. Travailler. Inventer des choses. Composer des choses. Écrire les univers. Écrire ces gens qui n'existent qu'à travers mes yeux fous. Et puis les voir grandir. Les entendre les voir.
À moi ! ça grandit. ça se met. ça s'écoute maintenant et ça rend impatient.
En juin, vous pourrez les voir.
Je vous direz.
Il en manquera deux qui seront au soleil, au coeur de la marade. Ils seront au-dedans, quelque part.
Et vous.
J'en tremble.
15 janvier 2008
Des terres brunes j'ai voulu
Avant, pleurer je m'en foutais.
Maintenant je fais comme les vraies,
je fais gaffe à mon maquillage.
Voilà un an je rêvais.
Les terres brunes, les fouler, les aimer, jurer de les chérir, pour le meilleur et pour le reste.
Les terres brunes, les écrire. les remplir, les salir, les fouiller.
Voilà un an je pensais.
Des évènements et des coups de fil.
Des mots, encore des mots, des larmes et des doutes, toujours des doutes.
On s'en lassait.
Pas d'inquiétudes, ça ne change pas.
encore des pleurs dans mes mouchoirs, encore des doutes. des histoires sans fin.
L'engagement qui vient et moi qui le laisse approcher.
Viens, je vais aimer.
en négatif et en couleurs.
pour tous les autres rateaux, j'ai la rage.
pour toutes les réussites j'ai la paix.
Les terres brunes j'en veux, même si je les fuirai toujours un peu.
Au moins une seconde.
Les terres brunes, j'en ai.
j'en ai voulu.
Niquer ce qu'il me reste de mascara,
en rire,
parce que je ne suis pas seule.
07 janvier 2008
Ich will da sein !
Comme j'ai aimé cette bande de zouaves qui débarque...
Ein Herzschlag nur für mich
und die, die bei mir sind
Augen auf, schaut euch das an
Wer dafür keine Tränen hat wird morgen blind
Le salon s'est posé des questions. Entre l'ambiance d'il y a un an et celle de samedi soir, il n'y avait probablement rien de commun.
Des zouaves bruyants, tout enmusiqués qu'ils étaient, entre jeux et grandes conversations (on ne s'improvise pas Heidegger du samedi soir), entre la soupe à la vodka et les étoiles filantes, enfumés et enrhumés, bien chauds cependant, riant aux éclats... Est-ce possible de se mettre à 8 dans le petit canapé ? ne pas se poser la question. juste sourire. juste aimer. Le cake en coeur duDémon, son jeu de rôle dont je me demande encore comment ça finit, ces histoires de cathares et de suédois ; les décoctions gingembre et citron vert d'iscander, toutes ces mamans autour de lui ; ces brunch qui n'en finissent pas ; les enquêtes du commissaire ducon avec doublage improvisé ; le mur de bruxelles, les chaussettes qui se perdent, les scénarios qui s'écrivent, les résolutions qui se prennent, les camionettes qui se préparent au grand voyage...
Dis bap, c'est comme un hotel ici, alors tes hésitations, tu les gardes pour une autre occasion.
17 décembre 2007
Ostalgique solitude
Tu mets le truc comme ça, puis quand ça fait des bulles tu y vas...
Un plancher.
Canon chaleur, palette, les bulles.
Les terres brunes et les fleurs de velours, c'est l'impulsion hivernale - ça y est : ça gèle (mais ça y va).
Peut-être parce que mon pc a failli, que ma connexion a lâché. (il fallait bien que ça arrive.) le salon est terminé. il lui faudrait un éclairage plus adapté mais en somme on peut dire qu'il est terminé.
peut-être les travaux de l'autre salon qui m'ont motivée.
confusément, les jours s'emplissent de contenu et filent.
confusément, on vit.
les uns achètent une camionette pour partir au printemps, les autres des décisions, ou attendent des vacances, des cadeaux, des soirs en chateaux, des musées.
Voilà qu'il faut fuir pour écrire. Ben voyons. Et quand est-ce qu'on se voit ?
04 décembre 2007
Dialogue avec papa sur la nécessité de vivre sa vie
C'est l'amour qui compte, pas la maison...
Mon papa est philosophe. Mon papa connaît la maison. Mon papa s'inquiète pour moi.
Un quai de gare, soir d'hiver - ce soir, glacial et pluvieux. Il porte un manteau noir dans les poches duquel il a enfoncé ses mains de travailleur. J'ai la tignasse enfouie dans mon bonnet, clope au bec et mitaines. On est en avance. Il partira de la voie deux, mais il attend mon train avec moi.
Il se demande si ce n'est pas trop dur de rentrer seule chez moi le soir quand il fait froid et sombre.
Il se demande comment je gère le chauffage.
il se demande si je sors, si je vois des gens, si je suis heureuse.
c'est un papa.
quand je lui dis mes doutes, il écoute.
parfois il dit qu'il comprend.
quand je parle de mon travail, il s'affolle. Il ne sait pas de quoi je parle. Il ne connaît pas ce monde-là. Il regarde de loin, distraitement, comme un film suédois non sous-titré.
Il revient sur la maison. Il m'aidera, il dit.
J'ai raison. Il faut tenir le coup.
Et si je décidais de rentrer à Bruxelles ?
Il n'a pas entendu. Je laisse tomber cette question.
ça ferait quand même un foutu déménagement. et pour aller où ?
j'y pense, du coup j'écoute plus ce qu'il dit.
quand j'y reviens, j'ai perdu le fil. je le regarde parler.
Il m'est sympatique, cet homme.
On a toujours eu du mal à se parler, mais là ce soir, j'apprécie.
Quelque chose passe. On parle du même sujet.
Ces milliers de monologues entrecroisés. ces milliers de séances d'abboiements, griffes acérées, insultes ou menaces.
entre lui et moi, c'est rarement gagné d'avance.
comme lui, je m'égare, je me défends, je tergiverse, je me répète.
on est de la même trempe au point de ne pas se supporter.
mais ce soir, il y a un courant énigmatique qui s'est probablement développé dans le noir, quand on marchait en silence, quand on longeait ces files de voitures pressées, ou sur le pont.
ce soir on s'écoute. ce soir on est dans le même camp.
ce qui compte, c'est l'amour il dit.
papa ?
29 novembre 2007
Reality show
Vous ricaniez déjà.
T'as perdu ton mot de passe ou quoi ? Ouais, ça va hein.
Je vous fait un topo ? Si seulement j'avais.
Si seulement j'avais avancé. si seulement j'étais fière de dire.
J'ai repeint ceci. J'ai réparé cela.
Rien.
Presque rien.
Rien de visible.
De l'eau chaude à la cuisine.
Une chaudière qui fonctionne.
La moitié du jardin est débroussaillée. mais c'est l'hiver.
Des meubles démontés, remontés.
Certains sont sur ebay. Bon débarras.
J'ai gagné deux médailles au rat.
Une médaille-oiseau (qui n'en vaut pas moins, croyez-moi)
Comme
quoi. Le chat aussi s'habitue à la campagne. entre deux croquettes,
hop, ou comment je te montre que j'assure un max en déposant des
horreurs en offrande.
Sinon, je me suis surtout spécialisée dans l'aller-retour Bruxelles-Terres brunes.
J'ai terminé À moi.
J'ai invité des gens. Surtout un. Qui laisse sa brosse à dents quand il s'en va.
Et ses chaussettes.
Va savoir.
Et jusqu'à preuve du contraire il ne lit pas les blogs.
Protect me from what I want...
Sous-terrains engrengés,
méandres thermiques de ma peau,
les vides s'étouffent en-deça du rayon
prédit par tes doigts.
[et pourquoi tu bois pas]
Images volées de tes yeux,
le doute partout,
le rire en mots,
reste avec moi.
[et pourquoi on fait pas d'enfant]
se retrouver dans l'eau
[où]
se retrouver là
[où]
et toi bel homme
faut-il te sauver
c'est non
je ne sauve personne moi
[aller]
[venir]
[jouir]
de la mauvaise conscience
de la mauvaise foi
le sol froid
le cas d'école
[et pourquoi et pourquoi et pourquoi]
[ta gueule]
[danse]
je me trouve froide comme un frigo vide.
je me fais peur toute seule dans la nuit noire.
j'ai du mal à comprendre que c'est moi.
j'ai la force décuplée
la boussole qui fait n'importe quoi
un jour vers toi
l'autre non
un jour le froid
l'autre moi
j'ai l'image qui pétille
la mine qui déguerpit
l'intérieur est en guerre, peut-être
guerrière en guêtres
derrière toi
arrière grand-mère
amène-toi.
j'ai la confusion qui bout
j'ai l'horreur en attente.
et toi tu vas [où]...
23 octobre 2007
Mange tes morts
Dans ma famille, on fête Noël, on fête les anniversaires, et on fête les morts.
Ce matin, pélerinage au cimetière avec seaux, brosses, gants, et papa.
- ce monsieur-là, Lorie, c'était le frère du cousin de la femme du fils de la belle-soeur du mari de ton arrière arrière arrière grand mère.
- hein ?
- oui. tu vois bien. on l'appelait fernand.
- alors pourquoi sur la tombe, il est écrit joseph ?
- oui, il s'appelait joseph, mais on l'appelait fernand.
- ah.
- il boitait à gauche. et dans sa maison y avait un meuble en orme, qui est maintenant dans le salon.
- ha.
- ce monsieur, j'ai passé mon enfance chez lui. il est mort le jour de ta naissance.
- han.
- oui. et cette dame, elle vendait des bicyclettes. tu t'en souviens ?
- pas vraiment.
- ce monsieur habitait à côté de chez toi. celui-ci venait travailler chez nous, il s'occupait des terres en échange de lait et de beurre. il avait un cheval.
- il avait un cheval ?
Il est où mon monde ? C'est quoi mon monde ? C'est quoi ma maison ?
À cinq cents mètres de chez moi, il y a un cimetière. Le cimetière du village.
Cet endroit est une boîte aux trésors. Allez-y avec un guide, et mon morne village prend des allures de disneyland un soir de noël (mais en bien). ça pétille comme du coca en canette (mais en équitable). toutes ces histoires que j'ai tant de mal à suivre, si elles ne sont pas inscrites quelque part dans mon code génétique, doivent l'être dans mes murs, dans ma terre, dans mes terres brunes.
Mon inconscient collectif.
Nous pensons agir, nous pensons penser, mais c'est un autre ou d'autres
qui pensent et agissent en nous : des habitudes immémoriales, des
archétypes qui, devenus mythes, passés d'une génération à l'autre,
possèdent une immense force de séduction et nous téléguident depuis "le puits du passé".
Thomas Mann expliqué par Kundera dans "Les testaments trahis"
05 octobre 2007
Les nenettes en camionette - Saison 1 - Épidode 17 - Lost in mushrooms, la terreur...
Previously in Les nenettes en camionettes :
(Pshhhhhhhshshshhhhhhhhthhhhshshshhh)
- oh my god ! j'ai cassé le radiateur !
- où sont les arrivées d'eau ?
- au secours !
- voilà voilà, Dear, je les ai trouvé !
- Damned ! ça coule encore !
- allôôôô papaaaaaa ?
- j'arrive les filles, pas de panique !
(une demi-heure plus tard)
- (voletant) supeeeeeeer papaaaaaa !
- trop tard, Dad, c'est réglé ;-)
- il ne peut plus rien vous arriver d'affreux, maintenant...
C'est alors qu'elle Le remarqua.
Son sang mêlé d'effroi tournait en rond depuis une bonne demi-douzaine de
secondes. Elle n'osait pas y croire. Elle se parlait à elle-même dans le même
temps qu'un grand silence la pétrissait de confusion.
Le temps est en suspens.
Le frigo ouvert, la bouche ouverte, le reste de céréales baignées d'un lait - qui n'éveille l'appétit de personne - ne vont pas tarder à se jeter hors du bol à épais pois bleus de style seventies, on les imagine déjà - les céréales baignées de lait - couler d'abord sur sa main, ensuite sa jupette encore neuve, encore propre, encore tiède du fer à repasser, puis enfin sur le froid du carrelage où le lait ne manquerait pas de s'éparpiller sous le frigo, ce qui rendrait compliqué de le nettoyer comme il faudrait, et on imagine déjà que ça nous ferait râler presqu'autant qu'elle.
Reprenons. Elle Le voit (sa tête se tourne au ralenti vers la droite, on entend subtilement battre son coeur, et notre angoisse n'a de commune mesure que la sienne).
Tout soudain, et c'est comme un grand cri qui déchirerait la surface de la terre si on le laissait faire, le temps reprend une allure habituelle. Et c'est-à-dire qu'au vu du changement de rythme incessant, ça nous paraît accéléré, au point que comprendre devient une course, qui du reste ajoute au pénible de ce grand matin grisonnant.
Générique
quoi ? vous voulez que je vous fasse aussi le générique ? bon.
(Ne quittez pas l'écoute)
Post it : je vais faire le générique et je reviens...
(temps de nouveau suspendu)






